Passer au contenu

CNFPC : et si la compétence clé de demain était la capacité à évoluer ?

CNFPC : et si la compétence clé de demain était la capacité à évoluer ?

Et si la compétence la plus stratégique de demain n’était pas liée à un métier, mais à la capacité de continuer à apprendre ?

À mesure que les métiers se transforment, la formation ne peut plus seulement répondre aux besoins d’aujourd’hui. Elle doit aussi permettre aux collaborateurs de rester capables d’évoluer avec leur environnement.

Vincent Heiff, Chargé de direction au Centre National de Formation Professionnelle Continue (CNFPC), partage son regard sur les compétences qui prennent de l’importance, les transformations observées sur le terrain et la manière dont les entreprises peuvent mieux préparer leurs équipes aux métiers de demain. En 2025, le CNFPC a ainsi accompagné 411 projets de formation, représentant 17 922 heures de formation : une activité qui illustre concrètement l’ampleur et la diversité des besoins en compétences auxquels les entreprises sont aujourd’hui confrontées.

Entre intelligence artificielle, automatisation et nouveaux modes de travail, les métiers évoluent de plus en plus vite. Sommes-nous réellement capables aujourd’hui d’anticiper les compétences dont nous aurons besoin demain ?

Il existe des compétences universelles qui gagnent en importance. Certaines technicités et certains aspects techniques deviennent effectivement obsolètes assez rapidement.

À l’inverse, certaines compétences restent d’actualité. Je pense notamment à l’intelligence émotionnelle et, plus largement, aux soft skills. C’est un terme assez large, mais avec tout ce qui tourne autour de l’intelligence artificielle et de l’automatisation, c’est justement l’aspect humain qui va faire la différence et jouer un rôle crucial.

J’aime beaucoup, dans ce contexte, mentionner la créativité. On peut demander beaucoup de choses à l’intelligence artificielle et certains modèles deviennent extrêmement puissants. Mais la créativité humaine, cette capacité à faire des liens entre différentes choses, à imaginer et à créer de nouvelles perspectives, va encore au-delà de ce qu’une machine peut faire, à mon avis.

C’est cette particularité et cette valeur ajoutée, autour des soft skills et notamment de la créativité, qu’il faut continuer à développer.

Dans ce contexte, faut-il encore chercher à former les collaborateurs à un métier précis, ou davantage leur apprendre à s’adapter à des métiers qui continueront eux-mêmes d’évoluer ?

Il y a plusieurs cas de figure.

Certains métiers, notamment des métiers assez traditionnels comme les métiers de l’artisanat, reposent encore sur des technicités qui restent pleinement d’actualité. Prenons le travail du bois ou du métal : même si certaines machines rendent certaines tâches plus faciles, il faut toujours connaître les techniques, comprendre par exemple comment la structure du bois va évoluer si l’on fait telle ou telle chose.

À côté de cela, tous les métiers, y compris l’artisanat, intègrent désormais une couche informatique supplémentaire. Il existe aujourd’hui peu de menuiseries où l’on ne retrouve pas, à côté des outils traditionnels utilisés à la main, une machine qui doit être programmée avec un logiciel informatique. On retrouve donc quelque part un mariage entre le métier traditionnel et une forme de petite industrie.

Pour des métiers précis, certaines technicités restent indispensables, mais beaucoup de choses évoluent. Il ne faut surtout pas perdre le fil de cette évolution.

C’est un défi pour beaucoup de patrons, mais aussi pour les salariés qui sont dans l’entreprise depuis vingt ou vingt-cinq ans. Il ne s’agit pas uniquement de recruter les bonnes personnes, mais aussi de conserver celles qui sont déjà là et, à travers la formation continue, de leur donner les outils pour continuer à évoluer dans l’entreprise.

Nous avons récemment accompagné plusieurs entreprises industrielles dans des projets où elles n’ont pas fait le choix de recruter de nouvelles personnes. Elles ont choisi de reskiller leur personnel présent depuis longtemps, qui disposait de compétences et d’une expérience en entreprise extrêmement précieuses, mais qui évoluait dans un environnement qui avait changé.

Une ouverture d’esprit des deux côtés a permis de former ces collaborateurs et, finalement, tout le monde est gagnant lorsqu’on peut aller dans cette direction.

À travers les entreprises et les talents que vous accompagnez, quels besoins en compétences voyez-vous émerger aujourd’hui et comment ont-ils évolué ces dernières années ?

L’un des éléments importants est tout ce qui tourne autour des soft skills et de l’intelligence émotionnelle.

Une autre compétence me semble essentielle : la capacité à reconnaître une évolution. Il faut surtout essayer de ne pas se faire dépasser par les évolutions.

De nouvelles techniques, de nouveaux outils informatiques ou de nouveaux procédés arrivent régulièrement dans les différentes industries. Il est donc important qu’un chef d’entreprise, comme un salarié, soit capable d’identifier l’importance d’une telle évolution. Cela lui permet de s’adapter et d’évoluer.

Pour moi, c’est vraiment l’une des clés aujourd’hui : avoir la capacité d’évoluer.

Je me rappelle que mes parents avaient un restaurant et que mon père était cuisinier. Pendant quarante ans, il a cuisiné derrière son four et il y avait finalement assez peu d’évolution. Je crois que de nos jours, ce n’est plus possible.

Face à ces évolutions, comment le CNFPC adapte-t-il ses formations et ses méthodes pour répondre à des besoins qui changent parfois très rapidement ?

D’un côté, nous revoyons régulièrement notre parc de machines. Chaque année, nous faisons un inventaire et vérifions lesquelles doivent être remplacées afin de rester au niveau des dernières évolutions, notamment dans les métiers industriels et techniques.

Nous avons par exemple récemment acheté des scies pour notre menuiserie équipées d’un système de sécurité avec capteur et feu tricolore : lorsque la main s’approche, le système passe du vert au jaune, puis au rouge si l’on est trop proche, et la machine s’arrête.

C’est également le cas pour les engins de levage, désormais équipés de caméras permettant de projeter l’espace dans la direction où l’engin va se déplacer. La sécurité est l’une de nos principales préoccupations et nous voulons que les personnes qui viennent se former chez nous découvrent les dernières solutions disponibles.

Nous avons aussi un pool de 120 formateurs auxquels nous donnons du temps pour rester à jour dans leur domaine et nous faire remonter les évolutions du terrain. Des spécialistes de l’électromobilité, de l’impression 3D ou encore de la robotique nous permettent ainsi d’adapter régulièrement nos formations.

L’année passée, nous avons également créé le Luxembourg Drone Center principalement consacré aux drones aériens. Nous avons constaté que les drones terrestres prennent eux aussi de l’importance et avons donc commandé cette année huit drones terrestres pour commencer à proposer des formations dans ce domaine.

Nous essayons ainsi d’anticiper les besoins de l’industrie, tout en tenant compte de l’écosystème de la formation continue au Luxembourg.

En tant qu’institution publique, notre rôle n’est pas de concurrencer directement les autres acteurs, mais plutôt d’investir dans des niches où les investissements sont importants et la rentabilité parfois moindre. Ce n’est pas parce qu’un domaine est moins rentable qu’il n’a pas de valeur. Notre objectif reste de soutenir l’économie et le développement des salariés au Luxembourg.

Enfin, quel conseil donneriez-vous aujourd’hui aux entreprises qui souhaitent mieux anticiper l’évolution de leurs métiers et préparer leurs collaborateurs aux compétences de demain ?

Premièrement, je conseille fortement à tous les dirigeants d’entreprise d’écouter leurs salariés.
Ce sont eux qui sont sur le terrain et qui observent des choses que, souvent, en tant que chef d’entreprise, on ne voit pas toujours.
Si on demande régulièrement leur avis aux salariés, ils seront déjà contents de pouvoir partager leur expérience et ils donneront des informations que, en tant que dirigeant, on ne peut pas forcément avoir.

Le deuxième conseil que je donnerais aux entreprises est de continuer à accorder beaucoup d’importance à la formation continue.
Un diplôme obtenu dans son cursus scolaire est une porte d’entrée sur le marché du travail, mais ce n’est pas une garantie que les compétences resteront pertinentes pendant les quarante ou quarante-cinq années de vie professionnelle.
Chacun est donc responsable de sa formation professionnelle continue : du chef d’entreprise au salarié, tout le monde doit faire un effort pour ne pas l’oublier. Parce que si on reste figé, on est très vite dépassé.

Et j’ajouterais peut-être un troisième conseil : il faut aussi avoir le courage d’essayer une formation continue qui nous sort un peu de notre zone de confort.
Cela peut permettre de développer de nouvelles compétences auxquelles on n’avait pas pensé auparavant. Il ne faut pas rester dans son petit coin, avec ses habitudes, en observant seulement une toute petite évolution.
De temps en temps, il faut aussi s’inscrire à une formation qui va dans une autre direction, pour s’ouvrir l’esprit.
Sortir de sa zone de confort, c’est aussi une manière de continuer à évoluer.

Étiquettes: Learning & Development

Plus dans Learning & Development

Voir tout

Plus de Stéphanie Weisse

Voir tout